Points de départ

Mes premières influences artistiques
J’ai toujours eu un penchant pour le dessin. Étant petit, c’était une façon de prolonger la vie de mes contes de fée, de créer des personnages héroïques, un moyen plaisant de plonger dans une réalité alternative. Or, cet exercice a pris un tournant particulier lorsque j’ai découvert, dans la bibliothèque de mes parents, une collection de livres sur l’art.

J'y ai découvert dans ces livres de magnifiques dessins. Ceux-ci ont eu un empire certain sur moi, peut-être parce que j'ai compris qu'on leur avait donné de l'importance en les reproduisant dans des livres d'histoire, en les accompagnant de textes mystérieux que je ne lisais jamais mais qui avaient eu pourtant l'effet de donner raison à mon émerveillement. Je tâchai d’en reproduire quelques-uns. C’est ainsi, en recopiant ce que d'autres ont accompli, que j’ai vraiment appris à dessiner, à apprécier le drame que cet exercice rendait finalement possible. J’ai compris de cette façon l’importance de balancer les formes, de motiver les pleins et les vides. C'est ainsi que cette beauté d'un type nouveau (la peinture) me transformait lentement.

my modern and contemporary artistic influences

Je commençais déjà à considérer que j'étais peut-être un artiste. Cette idée m’a poussé à rechercher les manières diverses selon lesquelles la beauté pouvait se manifester. Or, la littérature et la musique ont aussi participé fortement à développer ce que je suis devenu. Il serait difficile pour moi de vivre sans chacun d’eux. C’est pour cela que j’ai d’abord complété un baccalauréat en littérature française à l’université de Montréal et que j’ai publié un poème en 1985 dans la revue Moebius, Le secret des ailes 1, puis un recueil de poèmes en 1986, Derrière le silence aux éditions Triptyque.

Par la suite, j’ai complété un baccalauréat en art visuel à l’université Concordia pendant lequel j’ai eu la chance de rencontrer Jean McEwen 3. Ce dernier a eu une influence remarquable sur ma production de cette époque. J’ai aussi rencontré Barbara Steinman 4 qui m’a fait comprendre que l’art pouvait se manifester différemment et qu'il pouvait posséder une infinité de sens. Je me retrouvai dans un univers tout-à-fait galvanisé, rempli de beauté et de potentiel. Il va sans dire que j’ai de très bons souvenirs de cette époque.

Simone Weil 5 a écrit : « Rien de ce qui existe n’est tout-à-fait digne d’amour. Il faut donc aimer ce qui n’existe pas. » Pour être en mesure d’aimer ce qui n’existe pas, il faut d’abord être capable de l’imaginer. Le présent ne peut donc se transformer que si nous exerçons notre imagination. Toute œuvre d’art contribue à cette construction, à ce devenir selon lequel la vie sans beauté serait un enfer.

(1) Le secret des ailes (1984)
(2) Derrière le silence (1985)
(3) Jean McEwen
(4) Barbara Steinman
(5) La pesanteur et la grâce (1947)
- Simone Weil